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De victime au symbole de la lutte contre l’excision en Côte d’Ivoire

Aminata Traoré est une femme dynamique, engagée dans la lutte contre l’excision en Côte d’Ivoire. Ecrivaine résidant à Bouaké dans le centre de la Côte d’Ivoire et connu sous le pseudonyme de Hamitraoré, cette activiste utilise le livre comme une arme de combat contre l’excision. Après des études littéraires, et alors que l’enseignement frappe à sa porte, Hamitraoré décide de s’engager dans l’humanitaire et dans l’écriture.

 

En 2012, Hamitraoré publie son premier roman autobiographique, « Couteau brulant », qui retrace l’histoire d’une jeune fille victime d’excision prénommée Safiatou. Cette œuvre évoque les différentes phases de l’excision, le regard des hommes sur les femmes excisées, le poids de la tradition, la douleur de la victime mais aussi sa révolte et son engagement à mettre un terme à cette pratique. « J'ai voulu extérioriser une souffrance qui me rongeait et partager avec l’opinion le récit de la victime que je suis à travers les lettres et les mots. » dit-elle.

 

Les mutilations génitales féminines consistent en l’ablation totale ou partielle de l’organe génitale externe de la femme. Quel que soit le type de MGF, elles ont de grave conséquences sur la vie des femmes et des filles. Certaines complications peuvent survenir immédiatement : douleur violente, hémorragie ou infections graves pouvant entraîner la mort. Parmi les conséquences à long terme, on peut citer l’incontinence urinaire, le risque accru de transmission du VIH et de complications lors de l’accouchement.

 

L’excision porte atteinte à la dignité des femmes et des filles. En arrivant à mettre les mots sur ses maux, Hamitraoré a entamé un processus de guérison et a contribué à ouvrir la boite de pandore autour de l’excision. « Ce livre a été une thérapie pour moi. Excisée à l’âge de 8 ans, il a fallu attendre l’âge de 27 ans pour parler de ce vécu douloureux et traumatisant. Prendre la décision de briser le mur du silence par le biais de l’écriture a largement contribué à ma guérison psychologique et m’a rendue forte et surtout fière d’être une femme portant haut et fort le cri de cœur de toutes les femmes et filles victimes de violences ».

 

En Côte d’Ivoire, 36,7% de femmes âgées de 15-49 ans ont subi au moins une forme de mutilation génitale féminine. En outre, 10,09% des filles de 0 à 14 ans ont été excisées et les taux demeurent aussi élevés, dans les régions du Nord, du Nord-Ouest et du Centre-Ouest variant de 13% à 26%1.  Face à cette situation, le gouvernement ivoirien a interdit depuis 1998 la pratique de l’excision, et s’est engagé à réduire à 15% le taux de mutilation génitale féminine d’ici à 2030.

 

Pour atteindre cet objectif qu’il s’est fixé, le gouvernement ivoirien avec l’appui de ses partenaires des agences du Système des Nations Unies et la société civile, travaille avec les leaders communautaires et les guides religieux pour renforcer la sensibilisation contre l’excision. C’est dans ce cadre que l’UNFPA accompagne le gouvernement ivoirien à travers la mise en place de 63 plates formes de lutte contre les VBG qui disposent de mécanismes d’alerte précoce sur les MGF, des espaces sûrs pour les filles et les femmes et l’implication de 500 leaders communautaires et guides religieux dans la prévention et la dénonciation des cas d’excisions.

 

A travers sa fondation Gnitrésor et ses œuvres littéraires, Hamitraoré fait partie des citoyens qui se sont engagés résolument pour mettre fin à l’excision et les autres formes de violences faites aux femmes. Consciente de représenter un symbole pour la lutte contre l’excision, elle partage son expérience aux plus jeunes à travers des conférences-débats, des ateliers, des focus groupes et des émissions radiophoniques autour de la thématique de l’excision mais aussi du mariage forcé, des grossesses précoces, du maintien des filles à l’école et de l’autonomisation de la femme. Afin de développer un pool d’experts dans la ville de Bouaké, Hamitraoré a, en partenariat avec l’UNFPA, renforcé les capacités d’étudiants, activistes, leaders d’opinions de la ville sur les réponses à apporter aux violences faites aux femmes dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les VBG.

 

L’engagement d’Hamitraoré a été reconnu à sa juste valeur quand elle a reçu le prix 2018 franco-allemand des droits de l’Homme et de l’Etat de droit pour son combat dans la lutte contre les mutilations génitales féminines. Optimiste, engagée et avec pour slogan « pour une génération sans excision ! », Hamitraoré est sur le point de publier sa troisième œuvre « A l’aube des lendemains incertains » au cours de l’année 2020. Elle espère que tous les engagements pris pour réduire l’excision seront traduits en action pour que tous, hommes et femmes, puissent jouir de leurs droits fondamentaux que sont la liberté, la dignité, l’égalité, l’équité et la tolérance.

 

 

 

 

  1. Selon le MICS (Multiple Indicator Cluster Survey) 2016.